La première fois où je suis allé au ciné tout seul
BlogCrossing (2)
Je déteste aller tout seul au cinéma. Ca m’arrive d’ailleurs extrêmement rarement : quand je ne veux pas manquer un film que tout mon entourage a déjà vu. Dans ces cas, je vais à la séance de 11 heures. Mais aller seul, le soir, me faire une toile m’est insupportable. Sans doute parce que j’ai l’impression que clignote au dessus de ma tête un panneau lumineux indiquant : « J’ai pas d’amis » (ce qui est faux !). Mais peut-être aussi à cause du contexte qui a entouré la première fois où je suis allé au ciné tout seul.
J’étais ado, pas très bien dans ma peau, incertain de ma sexualité (inexistante de toute manière), amoureux de filles mais attiré par des garçons, complexé, timide. Bref, je n’étais pas à mon apogée !
Un jour, j’ai entendu parler de la sortie d’un long-métrage sur un jeune garçon se prostituant. A l’époque, rares étaient les films abordant frontalement le sujet de l’homosexualité et, tout à mon questionnement intérieur, je me suis dit qu’il me fallait y aller. Ce film, c’était J’embrasse pas, d’André Téchiné.
Comme je n’envisageais pas de proposer à des copains, et moins encore à mes parents, d’aller voir un long-métrage sur un tel sujet, j’y suis allé seul. C’était dans une petite salle glauque de la rue Mouffetard. J’ai dû rougir en prenant mon billet, comme si j’avais acheté un magazine porno gay. Il y avait, à deux sièges de moi, un vieux d’au moins 40 ans qui me reluquait avec un air malsain. Je me suis senti mal et le film n’a rien arrangé.
Manuel Blanc y interprète Pierre, un jeune provincial qui, pour devenir comédien, monte à Paris et squatte chez une vieille fille (Hélène Vincent, toujours impeccable) qui en fait son amant. Après s’être fait jeter, Pierre « tombe » dans la prostitution pour gagner sa vie, tapine au bois de Boulogne, dans les saunas et par téléphone (Internet n’était pas encore là), devient le mignon d’un producteur de télé (Philippe Noiret), et tombe amoureux d’une pute (Emmanuelle Béart, avec une perruque brune). Le mac de celle-ci, visiblement possessif, finira par péter la gueule à Pierre avant de le violer dans une scène crue qui m’a profondément troublé.
Je suis sorti de la séance dans un état second, partagé entre plusieurs émotions. Excité par Manuel Blanc, son visage angélique, son corps ferme et blanc. Choqué par la violence psychologique du film. Mal à l’aise avec l’image de l’homosexualité qu’il donne, dans laquelle je ne me reconnais aucunement. Marqué par la phrase prononcée par Manuel Blanc à l’adresse d’un client potentiel, qui a donné son titre au long-métrage et par laquelle Pierre met une distance symbolique entre ce qu’il fait et ce qu’il est : « J’embrasse pas, je suce pas, mais je fais tout le reste et tu seras pas déçu ».
Probablement cette première fois, associée à un certain malaise, fait-elle partie de celles qui marquent les autres fois.
fcrank.
J’étais ado, pas très bien dans ma peau, incertain de ma sexualité (inexistante de toute manière), amoureux de filles mais attiré par des garçons, complexé, timide. Bref, je n’étais pas à mon apogée !
Un jour, j’ai entendu parler de la sortie d’un long-métrage sur un jeune garçon se prostituant. A l’époque, rares étaient les films abordant frontalement le sujet de l’homosexualité et, tout à mon questionnement intérieur, je me suis dit qu’il me fallait y aller. Ce film, c’était J’embrasse pas, d’André Téchiné.
Comme je n’envisageais pas de proposer à des copains, et moins encore à mes parents, d’aller voir un long-métrage sur un tel sujet, j’y suis allé seul. C’était dans une petite salle glauque de la rue Mouffetard. J’ai dû rougir en prenant mon billet, comme si j’avais acheté un magazine porno gay. Il y avait, à deux sièges de moi, un vieux d’au moins 40 ans qui me reluquait avec un air malsain. Je me suis senti mal et le film n’a rien arrangé.
Manuel Blanc y interprète Pierre, un jeune provincial qui, pour devenir comédien, monte à Paris et squatte chez une vieille fille (Hélène Vincent, toujours impeccable) qui en fait son amant. Après s’être fait jeter, Pierre « tombe » dans la prostitution pour gagner sa vie, tapine au bois de Boulogne, dans les saunas et par téléphone (Internet n’était pas encore là), devient le mignon d’un producteur de télé (Philippe Noiret), et tombe amoureux d’une pute (Emmanuelle Béart, avec une perruque brune). Le mac de celle-ci, visiblement possessif, finira par péter la gueule à Pierre avant de le violer dans une scène crue qui m’a profondément troublé.
Je suis sorti de la séance dans un état second, partagé entre plusieurs émotions. Excité par Manuel Blanc, son visage angélique, son corps ferme et blanc. Choqué par la violence psychologique du film. Mal à l’aise avec l’image de l’homosexualité qu’il donne, dans laquelle je ne me reconnais aucunement. Marqué par la phrase prononcée par Manuel Blanc à l’adresse d’un client potentiel, qui a donné son titre au long-métrage et par laquelle Pierre met une distance symbolique entre ce qu’il fait et ce qu’il est : « J’embrasse pas, je suce pas, mais je fais tout le reste et tu seras pas déçu ».
Probablement cette première fois, associée à un certain malaise, fait-elle partie de celles qui marquent les autres fois.
fcrank.
Mise à jour : Mardi 2 Mai 2006, 12:54
fcrank le 02.05.06 à 10:32 dans Blogcrossing
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Commentaires
Lien croisé
Le premier jour : " Niklas m'a lancé une invitation, à laquelle j'ai répondu avec plaisir et ça donne la première fois où je suis allé au ciné tout seul."
- 02.05.06 à 12:44 - # - Répondre -
ça fait bizarre de se lire ici ! merci pour cette opportunité.
fcrank - 02.05.06 à 12:46 - # - Répondre -
← Merci à toi,
pour cet effort de remémoration pour te prêter à ce petit jeu.
Un joli souvenir raconté par un joli texte. :)
niklas - 02.05.06 à 15:06 - # - Répondre -
Bravo pour l'expérience de blog crossing très réussie. Très belle note Mr Fcrank.
Juju - 02.05.06 à 20:56 - # - Répondre -
← Re:
J'approuve totalement les avis ci-dessus.
"Première fois" très bien rapportée ici, et qui m'a remis en mémoire la fois où j'ai moi aussi été voir ce film en salle... Mais j'en étais au stade "Première fois que je vais voir un film traitant de l'homosexualité avec MON mec" :)
Bravo Niklas pour ces liens croisés, ils t'ont fait honneur.
Yves - 02.05.06 à 21:21 - # - Répondre -
Merci à vous deux pour ce blog-crossing. Une réussite, je dois l'avouer... Surtout lire la petite phrase sur les troubles affectifs qu'engendre l'adolescence. Merveilleuse formule sur l'ambivalence des sentiments, le choix à effectuer, le deuil à porter.
Je mets ce film dans un coin de ma tête pour le visionner dès que possible mais il me semble que ma culture est amputée de nombreux chef-d'oeuvre incontournables.
Esculape - 03.05.06 à 00:21 - # - Répondre -
Et bien !
Je n'avais jamais entendu parler de ce film.
Il est vrai que si l'on est désormais habitué aux films mignonnets-craquants sur l'homosexualité, ou Yves rencontre Jacques, puis "s'aimèrent passionnement et tentèrent beaucoup d'avoir des enfants", ou deux cowboys découvrent les joies d'une lutte turcque un peu plus intimiste, d'autres sont beaucoup plus sombres.
Ces films qui montrent la face obscure, celle à laquelle on n'a évidemment pas envie de s'identifier -surtout quand on fait ses premiers pas, on cherche des repères- parce que bien trop glauque, bien trop distant, bien trop effrayant. Et pourtant, cette facette pourtant bien réele nous fascine, nous interroge.
Montrer l'ombre pour nous permettre de choisir la lumière.
Peut-être.
En tout cas, très joli billet.
Brice - 03.05.06 à 11:26 - # - Répondre -
Drôle d'impression
Je partage tout à fait l'opinion de Franck sur ce film : la vision de l'homosexualité est toute particulière et ne ressemble évidemment pas au quotidien de chacun. Et on a droit à un beau déballage de clichés : l'homo riche et cultiver (intellectuel ?) et son compagnon au goût de "Cage aux folles", qui va se taper des minets, parce qu'il en a les moyens. Quoiqu'il en soit, je crois surtout que c'est autour du personnage de Pierre que l'intrigue se joue.
Après avoir longtemps admirer Téchiné pour ses sujets et ses approches originales, j'ai fini par en conclure que la plus part de ses films ne sont quand qu'un gros ramassi de clichés. Comme c'est le cas avec Les Voleurs où Les Egarés. Il n'y a guère que Les Roseaux Sauvages qui trouvent grâce à mes yeux. L'histoire y est simple, les situations et les sentiments des personnages y sont beaucoup plus réalistes.
Mais, je suis d'accord avec Franck, le plaisir de Voir Manuel Blanc, dont c'est sans doute le meilleur rôle, n'est pas franchement désagréable :)
Fred - 05.05.06 à 19:50 - # - Répondre -
Bonjour
Salut
Je me suis égaré sur tes terres par hasard (dans ton blog :p ) je m’en excuse
par curiosité : ) … je tapais sur google « je suis gay et je me sens seul »
… et me voilà tombé sur ton site
J’ai passé un super moment, C’est agréable de te lire.
Tu as un beau blog ; )
Paulo - 21.05.06 à 01:35 - # - Répondre -
(je voulais ecrire, un beau commentaire commentant le film, ou donnant mon avis mais je n'ai pas vu ce film... j'ai alors pensé a erire autre chose mais je ne savais pas quoi écrire (syndrome de la page blanche? pas le moral?) , alors j'ai laissé celui-là il n'est pas tres beau et tout simple, mais j'aimerais discuter avec toi
recontacte- moi (Belgique) melyboots@hotmail.com
Paulo - 21.05.06 à 01:42 - # - Répondre -
Lien croisé
Le premier jour: mai 2006 : " Niklas m'a lancé une invitation, à laquelle j'ai répondu avec plaisir et ça donne la première fois où je suis allé au ciné tout seul." rel="nofollow"
- 15.06.06 à 18:34 - # - Répondre -